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à l'importance des «mots-fenêtres»... |
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Lorsque vous essayez de comprendre ce mammifère passionnant et bizarre qu'est l'être humain, un grand bonheur vous vient dès le moment où le cloisonnement des savoirs et des pratiques commence à être dépassé. En particulier dans ce domaine à la fois central et terriblement confus où l'on retrouve des concepts aussi obscurs que surutilisés, la «folie» et la «normalité». Très belle expérience, donc, que le colloque organisé récemment, au Casino de Montbenon, par le GRAAP1 sur le thème de la schizophrénie. Pendant deux jours, psychiatres, professionnels de la santé, assistants sociaux, personnes directement concernées ont pu échanger leurs expériences, dans un esprit d'interdisciplinarité et d'ouverture qui permet d'entrevoir une transformation positive de nos modes d'agir et de penser. |
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des patients psychiques reste à faire» |
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Comme l'a rappelé très justement une spécialiste de l'investigation scientifique, Kim Q. Do Cuenod, si l'on sait aujourd'hui que les facteurs de risque sont accrus par des défauts dans la transmission des médiateurs chimiques (Henri Laborit l'avait déjà souligné à propos de la dopamine), de nombreuses recherches seront encore nécessaires pour que la neurobiologie des psychoses puisse être adéquatement cernée. Chef de clinique à Cery, le Dr Eric Bonvin a insisté pour sa part sur la complexité d'une telle maladie, dont les causes profondes sont encore mal connues. Il met en évidence l'importance du suivi à long terme, spécialement en ce qui concerne le soutien psychothérapeutique. L'utilisation de neuroleptiques s'avère bien entendu, dans nombre de cas, des plus utiles, mais l'on ne saurait parler de «remèdes miracles». Lors des discussions et témoignages, orchestrés par Mme Madeleine Pont avec une souriante humanité, nous avons pu entrevoir les situations difficiles - liées à l'exclusion, à la non-compréhension, aux cassures de violence - auxquelles se trouvent confrontées les familles, qui sont souvent les nids et les victimes de ces graves perturbations. D'où l'importance de tous les réseaux d'accompagnement, avec la nécessité de l'information, dont les proches sont trop souvent privés. Le Canadien Luc Vignault, très actif au Québec dans la défense des droits en santé mentale, a rappelé qu'il faut toujours voir une personne, et non une «maladie», chez celui qui souffre. Parmi les dilemmes pour les proches et soignants, Mathias Serero a mis en évidence le refus du souffrant d'accepter la réalité de sa maladie. Cette défense par la négation (déjà mise en évidence par Freud) renvoie à une interrogation délicate: peut-on soigner quelqu'un contre sa volonté? Comme le rappelle le directeur de l'Institut maïeutique, il n'y a pas de recette ni de solution toute faite, l'avenir de la prise en charge des patients psychiques reste à faire, l'essentiel étant de marcher aux côtés de celui qui souffre, sur le chemin qu'il suit. En écoutant la très belle intervention de l'écrivain Christiane Singer2, une intuition s'est confirmée, qui m'habite depuis longtemps: et si le «fou» ne recherchait pas à sa manière ce que notre société a écarté (voire bousillé) depuis longtemps, à savoir nos profondeurs perdues, la double face du réel (je serais tenté de dire le «surréel»), la naissance-mort, la nuit-lumière, ce fameux «certain point de l'esprit» cher à André Breton?... Très beau point d'orgue, avec la présentation, par trois animateurs de Bôle, de la «communication non violente». Il s'agit d'une démarche inspirée par un ouvrage du psychologue américain Marshall B. Rosenberg, «Les mots sont des fenêtres (ou des murs)»3, qui met en évidence l'importance primordiale de l'empathie, du non-jugement, de l'écoute avec le coeur dans la restauration de liens non agressifs entre les humains. Là, nous sommes bien au-delà du «fou» et du «normal», dans cette maison intérieure de la personne, où l'autre est présent dans ce qu'un grand mystique appelait la «musique du silence»... |
| 7 novembre 2000/ib - 25 avril 2006 / rj |