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Petite fille innocente aux boucles dorées, j'aimais la vie,
jouer et rire. Mais voilà qu'un jour, tu t'es couché sur moi et soudain
plus rien n'avait la même couleur. Je continuais de jouer, mais cette
fois pour oublier et je ne riais plus.
Tu m'as violée, j'avais 6 ans. Depuis, je n'ai pas eu le
courage de mourir. Perdue, seule, errante, tout était bon pour ne pas
ressentir la souffrance, pour éviter qu'elle me submerge, tout faire
pour mettre l'horreur dans un coin, pour oublier mes jeunes années,
celles où tu m'entraînais dans le lit conjugal. Là, je devais caresser
ton sexe que je sentais grossir entre mes mains innocentes, puis tu me
caressais à ton tour. Je pleurais, alors tu me pinçais, me menaçais et,
là, j'ai appris à pleurer en silence, sans bruit pour ne pas augmenter
ta violence. Puis tu t'endormais, la main sur mon corps nu, j'étais
paralysée par la peur que tu recommences.
En me pénétrant, avec ton corps, tes mains, ton sexe ou n'importe quel
objet, en m'exposant à toutes les positions, tu m'as ruinée. Je n'étais
qu'une enfant et le temps s'est arrêté. Pourquoi m'avoir donné la vie ?
Je voudrais la reprendre, ne plus rien voir, ne plus rien ressentir, ce
corps crispé est-il encore à moi ? Je le sens mort, figé, plus rien ne
m'appartient, ni le temps, ni la douleur, ni le plaisir. Je suis
exténuée par mes efforts à me retirer de la vie.
J'aurais tant voulu avoir un père qui me prenne sur ses genoux, qui me
reconnaisse comme sa fille et non comme son jouet sexuel. Un père qui
me protège contre les horreurs de la vie, qui me donne la sécurité pour
devenir femme. Tu m'as trompée et pour éviter la folie, j'ai choisi de
marcher les yeux fermés pour affronter les affres de la vie.
Je n'ai jamais pu te dire non, me rebeller ni t'affronter. Maintenant
je ne veux plus me cacher et avoir peur, je ne veux plus pleurer en
silence pour ne pas déranger, je ne veux plus être paralysée dans mes
moyens d'expression, je ne veux plus censurer ce qui a rongé et altéré
ma jeunesse.
Angéline
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