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Témoignage d'une art-thérapeute Version imprimable Suggérer par mail
C’était hier.
La parole s’était fait la malle. La vie aussi en quelque sorte. Au fond du trou, je n’étais qu’une petite chose recroquevillée, une bête souffrante, incapable de marcher, incapable de parler, indifférente à tout, indifférente à l’autre aussi. Les « spécialistes » persistaient pourtant à croire à leurs nobles théories : pédaler, marcher, jouer, parler. Moi, je me sentais de plus en plus mal.

Entre parenthèses, je me dis aujourd’hui que le meilleur ou la meilleure thérapeute est celui ou celle qui, peu ou prou, a passé par cette souffrance-là.

Il m’arrivait toutefois de vivre quelques moments de rémission. Pourquoi ? Mystère !
Je m’installais devant une grande feuille de papier, versais de la peinture sur mes mains et peignais en faisant de grands mouvements. Parfois, j’ajoutais du sable et frottais en essayant de ressentir le mélange de la matière lisse et de la matière rugueuse. La séance durait peu de temps au début, mais s’allongeait au fil des semaines. Les techniques picturales variaient, les résultats aussi. Parfois l’« œuvre » me donnait satisfaction. Pendant ces moments-là, j’avais le sentiment d’exister. Les mois passaient, la parole revenait, le goût de vivre aussi.

Il y a trois ans, j’ai décidé d’entreprendre (alors que j’avais déjà dépassé la cinquantaine!) une formation d’art-thérapeute. Le défi était de taille pour moi: reprendre des études à mon âge tout en continuant mon travail d’enseignante (à temps partiel il est vrai). Mais je l’ai fait. La motivation était forte, il est vrai.

J’ai ouvert cet automne, à mon domicile, un atelier d’art-thérapie. J’y reçois, un jour par semaine, des enfants, des ados et des adultes en difficulté. Lorsque la parole s’est tue, que les mots se sont envolés, c’est la peinture qui dit, parle, exprime. L’« objet » créé fait signe, car les formes sorties du fond de l’être montrent que ce dernier est vivant, qu’il peut se faire confiance, qu’il est unique, que sa vie a un sens... A la différence de la parole, l’œuvre créée ne s’envole pas. Elle fait lien entre le client et le thérapeute.

Marie-Claire
 
 

 

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