Canton de VaudL'éthique
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A l'orée du XXIe siècle, il se trouve encore des gens qui pensent que la prostitution est un mal nécessaire. A notre époque, il y a encore des médecins, des personnalités assumant des responsabilités dans la santé publique, qui pensent que l'attachement en psychiatrie est une mesure incontournable, indispensable. Je tire un parallèle entre la prostitution et l'attachement en psychiatrie, on a affaire dans les deux cas à des opinions où le raisonnement par clichés l'emporte sur la réflexion sérieuse, en profondeur. On s'arrête à des images toutes faites, ancestrales. Si les femmes font le trottoir, c'est bien qu'elles aiment ça! Le fou est dangereux, c'est normal qu'on l'attache. Ce genre de réflexe conditionné cautionne une mentalité où la déresponsabilisation, le laxisme l'emportent sur des projets où chacun peut grandir. Attacher un patient n'est bon pour personne, ni pour l'attaché, ni pour les attachants, ni pour l'institution, ni pour la psychiatrie! Acheter l'amour, c'est frustrant pour chacun des partenaires et peu glorieux pour la communauté. Ce genre de réflexion à l'emporte-pièce a des conséquences sur la moralité et la santé publiques, sur l'image de l'homme véhiculée dans notre société. En matière de prostitution, on accepte que le corps humain soit une marchandise vendue et achetée. Certains seraient prêts à institutionnaliser ce commerce. En ce qui concerne l'attachement, la Commission vaudoise d'éthique de la psychiatrie, composée pour l'essentiel de médecins et soignants au service du Département de la santé, n'exclut pas cette mesure. A part les soignants, ladite commission compte Pierre Moor, professeur de droit, Denis Muller, professeur de théologie, J.-C. Piguet, professeur de philosophie, tous trois engagés par l'Université de Lausanne. Ces trois hommes ont-ils vraiment pris le temps de réfléchir sérieusement à la question, chacun dans sa spécialité? Comment peuvent-ils justifier leur position, par rapport au principe juridique de la proportionnalité, lorsque l'on sait que d'autres cantons refusent cette pratique, par rapport à la théologie, lorsque d'autres moyens respectent mieux la dignité de l'homme, par rapport à la philosophie, lorsque d'évidence une telle mesure active les instincts de soumission-domination? Si le GRAAP était leur enseignant, il ne leur donnerait pas la moyenne. Cette commission n'interdit pas l'attachement. De là à l'introduire dans la loi... Les effets de cette prise de position se font déjà sentir. Hans Braendli, directeur de l'hôpital psychiatrique de Marsens, vient de nommer une commission interne chargée d'élaborer des directives qui précisent le contexte dans lequel la contention, y compris l'attachement, peuvent être pratiqués. Pour le moment, les voies de recours ne sont pas prévues car, comme il le dit lui-même, pour pouvoir faire recours, il faut qu'il y ait une base légale! En pages 4 et 5, vous lirez que nous, patients et proches, sommes prêts à réagir par tous les moyens contre ceux qui continuent à nous considérer comme fous à lier. Vous lirez aussi, en pages 6-7 le témoignage de notre ami qui, mal remis de son divorce, a accepté de suivre le conseil de sa psy lui proposant un séjour à Cery pendant les quinze jours où elle partait en vacances. Mal lui en prit. Demandant sa dose habituelle d'antidépresseurs, il se retrouve sanglé à son lit. L'article des pages 10 et 11 présente la bande dessinée «Pour toi Sandra», qui traite de la prostitution des adolescentes. J'ai réalisé que, lorsqu'il était question de prostitution, j'avais vite réglé la question en me référant à des images toutes faites. Un acte vieux comme le monde, un mal nécessaire pour les malheureux, les handicapés. On n'enrayera pas plus la prostitution que le mensonge, etc. Ça s'appelle tomber dans le panneau. J'acceptais de faire des concessions au respect fondamental de l'être humain. Je tolérais l'idée que certains puissent satisfaire un besoin en achetant et exploitant le corps de l'une de nos semblables. Je tolérais l'idée que «ces pauvres handicapés» puissent ainsi satisfaire leur besoin de tendresse et d'amour. En fait, la prostitution est une mauvaise réponse et non pas un mal nécessaire. Un oreiller de paresse qui nous évite de rechercher de meilleures réponses, celles qui humanisent l'homme. Madeleine Pont
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