Avis de coup de vent

Les fous
ne sont plus
à lier

 

 

 

Bas de page

Au Canada, on attache
Patients agités transférés à Cery pour être attachés?
130 patients attachés en un an à Cery
De l'analyse transactionnelle plutôt que du jujitsu
Fribourg: top secret
Sondage au GRAAP

 

Il y a des sujets, comme les neuroleptiques, le traitement forcé, la qualité des soins, qui sont des thèmes permanents de discussion au GRAAP. La contention, plus précisément l'attachement en est aussi un. Depuis plusieurs années, deux fois par an, nous invitons le chef du DUPA, qui se trouve être aussi le directeur de Cery, à l'une de nos soirées-débat du mercredi soir. Ce 8 octobre, nous accueillions le professeur Borgeat, accompagné de son ami le professeur Pierre Lalonde, Canadien lui aussi, spécialiste du traitement de la schizophrénie.

 

Au Canada, on attache

Lors de cette soirée, la question de l'attachement des patients est venue sur le tapis. Quel n'a pas été mon étonnement d'entendre le professeur Lalonde soutenir l'utilité de l'attachement des patients psychiques. L'un des membres de l'assemblée a signalé gentiment que si le Canada est en avance dans bien des domaines de la psychiatrie, en matière du respect des droits de l'homme, la Suisse a une longueur d'avance, puisque plusieurs hôpitaux psychiatriques ont relégué les sangles au musée et ne pratiquent donc plus l'attachement. M. Lalonde a relevé que l'attachement des patients est une méthode beaucoup plus usitée en médecine somatique.

«Au GRAAP, a rétorqué l'une de nos membres, on ne conteste pas du tout la nécessité de l'attachement du grand-père qui tomberait toutes les nuits en voulant sortir de son lit, ou de la grand-mère qui ne cesse d'enlever sa sonde, ou encore de l'enfant qui ne supporte pas ses pansements parce que ça le démange, sans parler de l'opéré qui, encore inconscient, arracherait son goutte-à-goutte.» Haut de page

 

Patients agités transférés à Cery
pour être attachés?

Concernant l'attachement, M. Borgeat reste dubitatif. Il estime que c'est bien facile pour certains hôpitaux de dire qu'ils n'attachent pas puisqu'ils transfèrent à Cery les patients qu'ils ne parviennent plus à contenir. Il nous cite le cas qui s'est produit tout récemment avec l'hôpital de Bellevue qui a renvoyé un patient surmédicamenté et particulièrement agité sur Cery. N'aurait-il pas mieux valu l'attacher?

Comme le professeur Ferrero, alors directeur de Cery, nous avait déjà servi cet argument lors de la dernière rencontre au GRAAP sur la qualité des soins, je contacte Mme Montandon, psychiatre, directrice de l'hôpital de Bellevue à Yverdon, qui me répond: «A Bellevue, secteur psychiatrique Nord, l'hôpital vétuste, inadapté à la psychiatrie actuelle, a une capacité de 54 lits, dont 5 chambres d'isolement. Si une admission de patient gravement décompensé avec agitation importante intervient, alors que tous les isolements sont occupés à Bellevue, il est vrai que cet hôpital demande à Cery d'admettre le patient. Toutefois, des patients agités nécessitant des mesures de contention sont admis à l'hôpital Bel-levue, à la condition qu'une chambre d'isolement soit libre. Par conséquent, l'hôpital Bellevue pratique la contention avec des indications médicales précises mais les patients ne sont pas attachés, sauf en psychogériatrie (ceintures abdominales et tablettes).» Haut de page

 

130 patients attachés en un an à Cery

Pour nous c'est clair, M. Borgeat est en Suisse depuis moins d'une année et ne connaît pas vraiment les conditions de travail de l'équipe yverdonnoise (voir article pages 8-9). Tout comme, lors de cette séance au GRAAP, nous avions le sentiment qu'il ne connaissait pas bien le problème de la contention, plus précisément de l'attachement. Nous profitons de ces lignes pour le remercier de l'intérêt qu'il a porté aux témoignages de nos membres. A notre demande, il s'est renseigné pour cette séance auprès de l'infirmier chef de Cery, M. Kaision. Celui-ci l'a informé qu'environ 10% des entrées à Cery a nécessité une mesure d'attachement. En 1996, il y a eu 1300 entrées, donc environ 130 personnes ont subi un attachement.

Sur ces 130 personnes attachées, combien l'ont-elles été à la suite d'une escalade de la violence? En raison d'une incapacité du personnel à maîtriser une relation conflictuelle? En raison d'une surcharge de travail? 

Rectificatif

Nombre de patients attachés à Cery

Les points sur les «I»

Dans cet article (intitulé «Les fous ne sont plus à lier» et paru dans «Tout Comme Vous» No 59), Madeleine Pont a fait dire au professeur François Borgeat que le nombre des patients attachés à Cery en 1996 représentait 10% des entrées, soit 130 cas. Ce chiffre avait en effet été avancé lors d'une conférence au GRAAP, sans être contesté.

La rédaction de l'article procède d'un malentendu. En fait, François Borgeat a déclaré que le nombre des patients attachés avait considérablement diminué grâce aux efforts de formation du personnel entrepris à l'hôpital et que la proportion des attachements devait se situer actuellement aux environs de 1%.

La proportion précise des attachements pendant les années 1996 et antérieures n'est pas connue et difficile à établir. Pour le GRAAP, la seule manière d'empêcher à tous jamais les abus constatés pendant cette période reste l'interdiction pure et simple des attachements et la poursuite de la formation du personnel à une meilleure maîtrise de la violence.

Réd.


Haut de page

De l'analyse transactionnelle
plutôt que du jujitsu

Nous connaissons plusieurs proches qui nous ont dit, à Genève comme à Lausanne: «La police fait du bon travail, des policiers n'hésitent pas à discuter une bonne heure avec nos proches malades pour les convaincre d'une hospitalisation. Arrivée à l'hôpital et, en moins d'un quart d'heure, le médecin de garde a tout fichu par terre.» Nous savons que la Ville de Lausanne a consacré, en 1997, 2,3 millions de francs à la formation de ses policiers. Lire à ce propos «Le Curieux» No 11 édité par le GRAAP. Depuis peu, Cery offre une formation à la gestion de la violence. M. Kaision a affirmé à M. Borgeat que le nombre de mesures d'attachement était en forte baisse. Le lien entre ces deux faits est évident.

Toujours à propos de l'importance de la formation à la gestion des conflits, je citerai la réponse de M. Valloton, chef du service pénitentiaire du canton de Vaud. M. Valloton était l'invité de l'une des soirées-débat du GRAAP, le thème traitait des patients psychiques en prison. A la question de savoir si les gardiens avaient une formation aux méthodes d'autodéfense, M. Valloton a répondu que certains peuvent suivre un cours, si cela peut les aider à ne pas avoir peur de la violence des détenus. Mais il préfère offrir des cours d'analyse transactionnelle plutôt que de jujitsu. «Une bonne communication, des relations humaines respectueuses sont le meilleur outil contre la violence», ponctue-t-il ce sujet. A Bochuz, on n'attache pas les détenus. Haut de page

 

Fribourg: top secret

Par contre, nous savons qu'à Marsens, dans le canton de Fribourg, on attache les patients psychiques. Une commission parlementaire élabore un projet de loi sur la santé publique qui va bientôt être soumis en consultation. La secrétaire de la Conseillère d'Etat Ruth Luthy a refusé de nous fournir toute information. Impossible de savoir, par exemple, si le problème de la contention et de l'attachement des patients psychiques est traité, si des voies de recours sont prévues. Rien. Motus. De quoi ont-ils peur? Quel est le sens de ces résistances à l'information? Pourquoi craignent-ils un débat ouvert? La psychiatrie est-elle donc un sujet tabou aussi pour les autorités fribourgeoises? Nous savons tout de même une chose, c'est que l'AFAAP, Association fribourgeoise d'accueil et d'accompagnement psychiatrique, ne participe pas à ces travaux. Cette confidentialité n'est pas équitable, elle confine le débat entre notables au détriment d'un réel partenariat. On choisit les groupes de pression qui nous arrangent, on écarte les autres. Haut de page

 

Sondage au GRAAP

Placés face au dilemme «traitement forcé aux neuroleptiques ou attachement», que choisissent les patients psychiques? Pour le savoir, j'ai effectué récemment un bref sondage auprès de 500 membres du GRAAP. La majorité qui s'est dégagée ferait pâlir d'envie les politiciens: 90% des réponses s'opposent à l'attachement, considéré comme humiliant, inhumain, dégradant et contraire au respect des droits de l'homme. L'attachement est d'autant plus décrié qu'il ne permet jamais d'éviter les neuroleptiques. Au contraire il aggrave la situation et débouche sur l'injection de doses plus fortes dans des conditions encore plus dures.

Ce sondage express confirme que les membres du GRAAP acceptent, s'efforcent d'accepter l'idée de la maladie. Si on n'aime pas les neuroleptiques, on reconnaît pourtant qu'ils nous permettent de vivre mieux. Mais l'on refuse d'être considérés comme fou à lier...

Car cela se passe aussi à Marsens. Je rapporte les propos du directeur Braendli tirés de l'édito de «Tout Comme Vous» No 50: «Oui cela nous arrive d'attacher pendant la nuit et les heures creuses, pour des raisons de sécurité, pour protéger les gens. Le matériel ce n'est pas grave. Mais cela n'arrive jamais lorsque nous disposons de personnel suffisant.»

Le GRAAP n'acceptera pas une loi autorisant l'attachement des patients psychiques. Si une telle législation devait voir le jour, nous disposerons d'un argument de poids: trois cantons romands, Genève, Neuchâtel, Valais, pratiquent depuis de longues années une psychiatrie sans attachement. Le peuple ou le Tribunal fédéral pourraient bien renvoyer les Vaudois à leur copie.

Madeleine Pont

Haut de page