L'éthique au service du pouvoir

Lettre de l'État de Vaud,
Commission d'Éthique - Psychiatrie:

Lausanne, le 17 novembre l997

Mesdames et Messieurs,

La Commission d'éthique psychiatrique du Service des Hospices cantonaux a discuté dans sa séance du 11 novembre dernier, de trois textes parus dans la revue «Tout Comme Vous» No 59, d'octobre l997, à savoir: l'éditorial et l'article «Les fous ne sont plus à lier» (tous deux signés Madeleine Pont) et «Les propositions du GRAAP» (concernant le traitement forcé), rédigé par M. Luc Pont.

Les deux premiers textes s'en prennent à notre Commission sur un ton polémique. Sans entrer ici dans un débat de fond, nous trouvons extrêmement regrettable que vous ne les ayez pas accompagnés d'un résumé cohérent de notre rapport du 3 juillet 1997 intitulé «Réflexions sur le problème de la contention en hôpital psychiatrique».

Le troisième texte n'est pas de nature polémique et consiste en propositions constructives, que nous nous plaisons à saluer, même si nous ne pouvons pas souscrire sans réserve à chacune.

Comme nous vous l'avons fait savoir à diverses reprises, nous sommes toujours disposés à débattre avec vous - de préférence de vive voix, au moins pour commencer - des divers points soulevés par la question de la contention.

Veuillez croire, Mesdames et Messieurs, à nos sentiments distingués.

Au nom de la Commission d'éthique:
Dr Jean Bovet, président

 

Copie pour information à M. Toriel, directeur des Institutions du Service cantonal des Hospices.

 

La réponse du GRAAP:

Lausanne, le 12 décembre 1997

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

En date du 17 novembre, vous nous avez écrit un courrier concernant des articles parus dans «Tout Comme Vous» No 59.

Vous me dites que je m'en prends sur un ton polémique à votre Commission. Ce sont vos sentiments. Si l'on entend par polémique «agressivité destructrice», je ne peux accepter cette accusation.

Vous n'y pouvez rien si l'Etat de Vaud a nommé dans votre commission uniquement des personnes que, par ailleurs, il salarie. Il est important que nos lecteurs connaissent ces faits. Si vous vous êtes sentis agressé, j'en suis désolée. Nous voulons démystifier: votre Commission d'éthique n'est ni libre, ni objective, ni indépendante.

Quant à moi, je trouve regrettable que vous ne vouliez pas entrer dans le débat de fond, comme c'est aussi le cas dans votre rapport, où vous n'abordez pas les vraies questions. Vous en restez à des définitions, des interprétations de faits... vous tournez autour du pot pour arriver à la conclusion qu'il ne faut pas exclure l'attachement.

Non seulement, nous ne pouvons prendre au sérieux ce genre de considérations mais en plus nous estimons que ce rapport est pernicieux, il encourage des pratiques contraires aux droits et au respect de l'homme. Voir ce qui se passe à Fribourg. M. Braendli est clair, il appuie sa politique d'institution sur vos conclusions.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous n'avons pas publié de résumé de votre rapport et que nous ne le ferons pas.

Nous sommes une association qui vit des deniers publics, subventions communales, cantonale, fédérale, et dons privés en nombre. Nous ne pouvons nous permettre de gaspiller. Nous devons viser à l'efficacité. D'autre part, nous sommes payés pour promouvoir une meilleure image de la psychiatrie et une psychiatrie plus humaine. Cela figure dans nos statuts.

Nous vous avons consulté sur le problème des traitements forcés et de la contention. Votre rapport justifie l'injustifiable. Nous sommes donc déçus, même plus, consternés. Nous avons tenté depuis des mois de nous faire comprendre de la Santé publique et en particulier de Monsieur E. Toriel.

Le ton de l'article de Luc Pont, juriste, vous a plu: «propositions constructives», dites-vous. Mais, ce ton-là n'est pas entendu. Pas de réactions. Le ton un peu plus pointu de mes articles a eu l'heur de faire réagir: votre lettre, une de M. Toriel, une de M. Borgeat.

Malheureusement, encore aucune réaction sur le fond! Mais, comment faut-il parler pour que l'on nous écoute? La situation est grave. On en est à l'avant-projet. Et tout nous fait voir une régression au plan des droits de l'homme.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
nos salutations les meilleures.

Madeleine Pont