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Un médecin généraliste reçoit en moyenne deux patients dépressifs par jour. Une personne sur 5 dans notre société souffre de dépression. Qui ne connaît pas dans son entourage une personne qui «fait une dépression»? Personne ne nie ces constats, et c'est un triste lieu commun de dire maintenant que la crise, le chômage, développent un climat général de dépression qui rejaillit sur les individus. Mais, cette maladie n'a-t-elle pas toujours existé dans ces mêmes proportions? Est-il bien exact que ce soit la maladie de notre siècle? Autrefois, ne lui donnait-on pas un autre nom, ou même pas de nom du tout? On n'en parlait tout simplement pas. On avait la dépression discrète: le malade se refermait sur lui-même, s'isolait. On disait de lui qu'il était devenu sauvage et n'aimait pas les gens. On en parle davantage aujourd'hui, plus ouvertement, c'est évident. Pas assez encore si l'on en croit les Américains qui disent que le problème n'est pas de soigner la dépression, mais de faire savoir que la dépression se soigne, que l'on peut en guérir. De plus en plus souvent, on peut entendre: «Cette maladie, cette expérience aura été une chance pour moi.» Sans nier la souffrance, ni les trop longues journées qui s'étirent vides de sens, sans oublier cette infinie traversée d'un désert où tout est gris, sans relief ni saveur, des personnes disent: «Cette maladie a un sens, j'ai découvert une autre façon de vivre, je suis plus libre.» Alors, la dépression ne serait-elle pas une étape dans le développement de la personne, un arrêt, une parenthèse dans le brouhaha de la vie, une pause qui permet les remises en question, les prises de conscience. La vie est aussi faite de frustrations, de séparations, on doit quitter son enfance, ses parents, sa maison, on doit gagner son autonomie, sa liberté, et, en fin de course, on devra renoncer à la vie pour accepter sereinement la mort. Comment vivre toutes ces étapes sans déprimer? La dépression n'est-elle pas une réaction normale face aux inévitables difficultés semées sur le parcours de notre vie? Reconnaître sa dépression, savoir demander de l'aide, en comprendre le sens n'est-ce pas un moyen de gagner sa liberté? Ce congrès était ouvert à toutes les personnes concernées par la dépression, patients, proches, étudiants, professionnels des domaines de la santé. Il a réuni plus de 500 personnes le 18 mars à Lausanne. Madeleine Pont |