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Le taï-chi-chuan et le qi-gong sont deux pratiques qui
viennent de la tradition chinoise. En général,
sur l'éventail des techniques psychophysiques chinoises,
nous connaissons plutôt les arts martiaux, le kung-fu par
exemple, qui montrent l'aspect le plus extériorisé,
le plus yang, du travail sur l'énergie. En comparaison,
le qi-gong représente l'aspect le plus intériorisé,
le plus yin, tandis que le taï-chi-chuan se place entre
les deux puisqu'il s'agit d'un enchaînement de mouvements
d'attaque ou de défense qui sont effectués avec
une grande délicatesse.
Dans un cas comme dans l'autre, le pratiquant va se servir de
son esprit pour affiner les sensations du corps et utiliser son
corps pour se mettre en osmose avec l'univers de la nature. Il
va créer à l'intérieur de lui un espace
calme et paisible, un centre immobile et serein d'où pourront
naître les mouvements. Arrivée là, je vais
essayer de vous montrer de quoi je parle avec un enchaînement
de taï-chi-chuan.
Parlant de taï-chi-chuan, de qi-gong et de taoïsme,
il est impossible d'éviter ce fameux symbole que nous
appelons symbole du yin et du yang, représentation unitive
d'un modèle applicable aussi bien à l'univers qu'à
l'être humain ou à tout autre domaine.
La pensée taoïste propose le principe d'une unité
fondamentale (représentée par le cercle), c'est-à-dire
un axe ou un pivot central, à partir duquel se développe
le cycle yin et yang. Le yin et le yang représentent des
phases opposées mais complémentaires qui vivent
une relation d'interdépendance, d'équilibrage mutuel
et de transmutation réciproque. Rien n'est jamais totalement
yin ou totalement yang, ce qui est illustré par les deux
points noir et blanc. Mais yin et yang ne sont jamais présents
de façon statique et égale: ils forment un équilibre
dynamique qui change sans cesse. Le plus simple est de prendre
l'exemple du cycle des saisons: l'hiver est yin par rapport à
l'été qui est yang. Mais l'hiver n'est que relativement
yin si l'on considère qu'il y a des jours où il
fait froid, yin, et d'autres où il fait carrément
chaud, yang. Et c'est au plein coeur de l'hiver, au moment le
plus yin de l'hiver, au solstice, que va se glisser le germe
du yang, avec la promesse d'un retour vers l'été,
ceci par le fait que les jours se mettent à rallonger
et que la lumière yang reprend le dessus. De même
dans l'enchaînement du taï-chi-chuan, un mouvement
d'expansion sera forcément suivi d'un mouvement de repli,
le haut du corps établira un échange dynamique
avec le bas, la gauche avec la droite, l'intérieur avec
l'extérieur, etc. Le pratiquant va vivre en pleine conscience
ce mouvement des transformations yin et yang que l'on peut approfondir
sans fin, les pieds fermement appuyés sur la terre et
la tête légère dans le ciel.
C'est l'occasion de remarquer qu'en chinois le symbole du yin
et du yang s'appelle un «taï chi», qui se traduit
par «faîte suprême», dans le sens de
«point de réunion des différentes forces»,
ou encore «principe originel». Et, comme par hasard,
l'enchaînement de mouvements que vous avez vu tout à
l'heure s'appelle «taï-chi-chuan», c'est-à-dire
«l'art martial du faîte suprême». La
relation pouvait-elle être plus clairement posée?
Le qi-gong, «art du souffle» ou «maîtrise
de l'énergie», fait bien sûr référence
aux mêmes lois, comme d'ailleurs la médecine traditionnelle
chinoise et la calligraphie, pour ne citer que ces deux autres
célèbres exemples. J'en profite pour revoir les
transcriptions phonétiques que l'on trouve le plus souvent,
car il semble qu'il y ait là source de confusion.
La première ligne donne les noms en idéogrammes
chinois; la seconde est une transcription en pinyin, un système
qui est de plus en plus courant; la troisième est une
variante encore très répandue; les dernières
lignes donnent la traduction française.
Bien que j'aie présenté le qi-gong comme étant
yin, intériorisé, par rapport aux arts martiaux
yang, on trouve des qi-gong très dynamiques aussi bien
que d'autres très doux. Il existe des milliers d'exercices
différents de qi-gong, qui peuvent avoir des applications
martiales, spirituelles, thérapeutiques ou préventives.
Ces exercices sont basés sur des postures ou des mouvements
simples auxquels on intègre la respiration et la focalisation
de l'esprit sur des trajets d'énergie, des points ou autres,
suivant ce que l'on veut travailler. Parfois, on rajoute certains
sons.
La tradition chinoise veut que l'univers soit une forme d'énergie,
le qi, qui se densifie plus ou moins pour former les différents
composants. L'être humain fonctionne sur le même
modèle. Le corps et l'esprit ne sont pas considérés
comme un mécanisme, mais plutôt comme un tourbillon
d'énergies et de substances vitales qui forment un organisme
grâce à leur interaction. A la base se trouve le
qi. Les autres substances vitales représentent des manifestations
du qi selon des degrés de matérialité variables.
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qui-gong, chi kung
maîtrise des souffles
art de l'énergie
tai ji quan, taï-chi-chuan
art martial du faîte suprême
tai ji, taï chi
faîte suprême - principe originel
(symbole yin yang)
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Par la pratique du qi-gong, on cherche à améliorer
la circulation du qi, de l'énergie, dans les méridiens
du corps et dans tout l'organisme, à renforcer une fonction
organique affaiblie ou à apaiser une autre saturée.
Pour les Chinois, les fonctions organiques, au nombre de cinq,
s'insèrent dans ce que l'on appelle le système
des Cinq Éléments. Dans ce système, des
résonances communes lient les phénomènes
de la nature et le corps humain. Par exemple, la fonction du
rein est en correspondance avec l'élément de l'Eau,
la vessie, le sens de l'ouïe, les os, la peur, l'hiver,
la couleur noire, et on pourrait encore en rajouter. Ainsi, lorsqu'un
pratiquant entraîné fait un exercice bon pour les
reins, il va se mettre en résonance avec le principe de
l'Eau dans la nature et l'une ou l'autre de ses correspondances
en fonction de ce qu'il a décidé de travailler
plus particulièrement.
Dans la Chine traditionnelle aussi bien que dans la Chine moderne,
le taï-chi-chuan et le qi-gong sont couramment associés
à d'autres formes de traitement pour un grand nombre de
maladies, dont les maladies psychiques (puisque physiologie et
psychologie) ne sont pas vraiment séparées. Plus
près de nous, quelques enseignants de taï-chi-chuan
et de qi-gong ont formé un groupe de travail sur ce thème
dans le cadre de la fondation Ling. C'est Coraling. Actuellement,
nous donnons des cours à des patients à l'hôpital
de Cery, à la clinique de Prangins et au centre de jour
de Sauvabelin. A la Picholette, qui dépend du foyer du
Levant, nous travaillons avec des toxicomanes. Nous sommes également
intervenus à l'hôpital de Malévoz, à
Monthey, et au foyer du Point du Jour, à Lausanne. De
plus, parmi les élèves dits «normaux»
des cours ordinaires ouverts à tous, chaque enseignant
compte des personnes qui sont envoyées par leur psychiatre,
leur généraliste ou leur physiothérapeute.
Je me suis attachée à récolter les impressions,
réflexions et réactions des patients en institution,
des soignants, des élèves des cours ordinaires,
c'est-à-dire patients et personnes dites «normales»
mélangées et des enseignants.
Je résume le point de vue des patients qui ont suivi nos
cours en institutions. «Après le cours, je me sens
détendu, ou euphorique, ou moins angoissé. Pendant
le cours, j'oublie mes problèmes, je m'occupe de moi avec
plus de sentiment; j'avais oublié que la respiration est
importante. J'apprends à me défendre contre les
infirmiers (au sujet des exercices de type martial). J'ai de
la peine à me concentrer, à garder l'équilibre;
je ne sens rien de spécial, mais je continue parce qu'on
m'a dit que c'est bon pour moi. Je me sens très stable,
mes jambes sont solides comme du béton. Parfois ça
me donne un peu mal au ventre. C'est un moment privilégié,
c'est mieux que la gymnastique. Au moins ici, je n'ai pas besoin
de prendre des médicaments. Je sens mes muscles, c'est
fatigant. C'est une superfaçon de commencer la journée.»
Les soignants qui ont observé ou participé à
nos cours en institution estiment que ces techniques ne s'adressent
pas à des patients en état de crise aiguë,
mais peuvent être intéressants pour des personnes
en phase de retrouver une certaine autonomie. Ils remarquent
que le taï-chi-chuan et le qi-gong permettent le développement
des qualités motrices et psychomotrices de l'individu
et offrent un rapport avec les aspects affectifs, cognitifs et
sociaux de la personnalité.
Je n'ai pas de réactions de médecins, mais je déduis
qu'en tous cas un certain nombre d'entre eux approuve notre démarche
puisqu'ils nous adressent régulièrement des patients.
Les élèves des cours ordinaires, hors institution,
dont certains sont aussi suivis par leur médecin, d'autres
des soignants professionnels, d'autres encore qui ne sont pas
spécialement patients ou soignants ont des réflexions
qui évoluent en fonction du temps depuis lequel ils pratiquent.
On retrouve d'abord les impressions de détente, d'euphorie
et de bien-être dans les heures qui suivent le cours, ou
parfois des relents de vieux problèmes qui réapparaissent
momentanément avant de se dissoudre. Puis viennent des
sensations physiques jamais éprouvées, une nouvelle
conscience du corps, à la suite de quoi il peut arriver
que certaines personnes arrêtent de fumer ou changent d'habitudes
alimentaires. Avec les mois, voire les années, des changements
plus profonds deviennent évidents: des élèves
remarquent un jour qu'ils n'ont plus besoin de la série
de séances physio hivernale habituelle, leur dos va mieux,
d'autres constatent qu'ils se rétablissent plus vite de
leur grippe, que la fréquence des refroidissements s'espace,
qu'ils font moins de rechutes, qu'ils n'ont plus ces problèmes
d'insomnie ou de digestion, etc. Ces pratiquants de longue durée
affirment se sentir plus présents dans leur vie, moins
vulnérables émotionnellement, à la fois
sensibles et mieux centrés.
Pour finir, voici le point de vue des enseignants. En institution,
nous avons dû adapter le contenu de nos cours en fonction
du fait que les patients sont là pour une période
relativement courte. Ils ne peuvent participer qu'à une
série de quatre, six ou huit cours maximum et n'ont donc
pas le temps d'intégrer une technique aussi complexe que
l'enchaînement du taï-chi-chuan. Dans ces conditions,
et alors que le taï-chi-chuan et le qi-gong exigent une
pratique régulière et durable pour produire un
effet autre que superficiel, nous tentons le pari d'éveiller
un intérêt, de stimuler une curiosité, avec
l'idée que les personnes qui auront ainsi eu un avant-goût
des possibilités de cette démarche poursuivront
peut-être ces activités après leur sortie
d'institution. Mais ceci exige un certain engagement de leur
part et, bien que beaucoup disent sincèrement vouloir
continuer à l'extérieur, il semble que peu le fassent
vraiment.
A mon sens, et pour conclure cette présentation, une bonne
motivation alliée à une faculté de persévérance
constituent le moteur principal d'une transformation personnelle,
donc d'une possibilité de guérison. Avec un tel
moteur, le taï-chi-chuan et le qi-gong peuvent devenir de
précieux compléments thérapeutiques, autrement
dit de formidables outils de la reconquête de soi.
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