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Je vous remercie de l'invitation qui m'est faite de participer
à ce congrès et de donner ainsi la possibilité
au shiatsu de se faire mieux connaître parmi tant d'approches
riches dans leur diversité. Sans m'éloigner de
la question qui fait l'objet de la réflexion de ces deux
journées, je tiens d'abord à rendre hommage aux
maîtres auxquels je dois ma formation: Yuichi Kawada, École
Yo Seio à Bruxelles; Kazunori Sasaki, directeur de l'enseignement
iokai en Europe occidentale; Shizuto Masunaga, (1925-1981) fondateur
du iokai au Japon, initiateur de recherches en shiatsu des méridiens
(aujourd'hui décédé).
Le shiatsu dans ses origines
Dire que le shiatsu est une méthode japonaise d'harmonisation
des réseaux de l'énergie vitale fondée sur
l'étude de la médecine traditionnelle chinoise
peut sembler paradoxal. C'est, à la fois, tout dire...
et ne rien dire du tout. Cela ira mieux, si l'on se souvient
que, dès le XVIe siècle, le Japon développa
des relations avec la Chine et que, durant plusieurs siècles,
la culture japonaise s'inspira du savoir-faire chinois, particulièrement
en médecine.
A l'origine, les maîtres de la Chine ancienne ne considéraient
pas encore les méridiens comme un phénomène
relié aux organes, mais comme la manifestation de la fonction
yin/yang qui, elle, reste fondamentale aujourd'hui encore. C'est
plus tard, au cours des siècles qui précédèrent
notre ère, que les maîtres observèrent les
organes, leurs fonctions et que s'élaborèrent les
trajets méridiens, réseau des courants de l'énergie
vitale: le ki ou qi.
Au Japon, en ce qui concerne le shiatsu et les approches
manuelles, peu de maîtres ont entrepris des recherches
sur les méridiens. Les thérapeutes de l'époque
sont orientés vers une pratique plus physique, excellant
en mobilisations savantes. Il convient de citer ici Shizuto Masunaga.
Né en 1925 à Hiroshima. Gradué du département
de psychologie de l'Université de Kyoto. Il s'intéresse
au shiatsu et, pendant dix ans, enseigne à l'Institut
japonais du shiatsu à Tokyo. Il est le premier à
établir les bases théoriques de la thérapeutique
shiatsu en référence aux grands classiques de la
médecine chinoise (Suwen, Lingshu).
Masunaga développe sa propre méthode: le shiatsu
des méridiens.
Il fonde le Iokai Shiatsu Center à Tokyo. Il conçoit,
à partir des trajets primitifs de l'acupuncture, une
topographie plus complète des parcours des méridiens.
Sa démarche souleva bien sûr des remous et beaucoup
de discussions; Masunaga ne tarda pas à être reconnu
comme un génial novateur, dont l'esprit de recherche s'enracinait
dans la richesse des origines.
Décédé en 1981, il était membre de
l'Institut de médecine orientale et de l'Association de
psychologie du Japon. En 1980, il dirigea un séminaire
en Suisse; plusieurs ici s'en souviennent. Aujourd'hui, Kazunori
Sasaki continue en Europe occidentale l'oeuvre de Masunaga dans
un esprit de rigueur et d'ouverture envers la médecine
occidentale. Il forme des praticiens et des enseignants en Hollande,
au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, en France, en Suisse
et en Italie.
La pratique et ses effets
Traduire en français par «digito-pression»
ou «massage», les termes «shiatsu do in an
kyo» sont une facilité complètement réductrice
du sens originel. Nous tenons à les maintenir dans notre
langage professionnel, car ils expriment dans leur graphie des
idées directement liées au sens profond de notre
travail.
Par exemple:
Shiatsu - le pouce, idée d'appui, de soutien,
de qualité maternelle.
Do in - tirer à soi la corde de l'arc, bander
l'arc... exercices chinois de santé qui ouvrent les trajets
de l'énergie vitale.
An kyo - pont au-dessus d'un gouffre... qualité
de la main consciente du vide, qui relie ce qui est séparé.
Cela dit, le shiatsu des méridiens a une pratique spécifique
qui n'est pas celle du massage. Ses effets ne sont pas comparables.
L'action du shiatsu est profonde. Le shiatsu influence le système
nerveux parasympathique en relation avec le système végétatif.
D'emblée, la respiration devient plus ample et calme;
le coeur s'apaise. Les portes du pouvoir naturel de guérison
s'ouvrent.
En ce qui concerne le psychisme, il est intéressant de
noter qu'au cours des siècles, les observations des maîtres
chinois ont défini quelle fonction organique est plus
particulièrement dépositaire de nos sentiments.
Ainsi, en situation de «stress», il s'agira de discerner
ce qui est provoqué par une atteinte de l'extérieur
ou comment se manifestent de l'intérieur l'excès,
aussi bien le blocage de nos émotions, voire l'avidité
de nos désirs. On peut dire que le toucher de certaines
zones est en communication directe avec le psychisme, l'état
d'esprit de la personne. Le shiatsu des méridiens permet
le geste qui, à deux mains, à la fois écoute
et comprend. La perception tactile est immédiatement
révélatrice: «Le diagnostic, c'est le traitement»,
disait Masunaga.
La qualité du toucher devient un vecteur important
de la communication soignant/soigné. Dans notre pratique,
nous voyons comment un patient évolue. En recevant un
shiatsu, sa situation se modifie quand l'énergie redevient
équilibrée. Au travers du toucher, il y a une efficacité
tant sur le plan préventif que thérapeutique. Le
shiatsu permet à celui qui le reçoit de mieux ressentir
la corrélation de ses fonctions vitales, de mieux habiter
son corps, de libérer des peurs anciennes profondément
enfouies, de modifier certaines habitudes de vie: alimentation,
rythme, sommeil, exercices de santé... entre autres.
Dans la communication verbale, le fait d'évoquer
les images symboliques de la pensée médicale orientale
éveille l'esprit à une conscience certes «autre»,
mais non étrangère à l'être vivant.
N'importe quelle personne peut s'y reconnaître, point n'est
besoin pour elle d'avoir étudié le Suwen ou Lao-Tze.
Elle sent que cela concerne une vision incarnée de sa
vie. L'être relié ciel/terre peut ainsi sortir d'un
esprit de fatalité quant à ses difficultés,
percevoir une autre compréhension de son environnement,
s'y insérer non pas résigné, mais découvrant
les possibilités d'agir sa vie.
A quoi sert le shiatsu?
Le shiatsu active la circulation du ki (force vitale), stimulant
le pouvoir naturel de guérison. Il est de ce fait efficace
dans les dysfonctionnements les plus divers.
Il permet:
- de retrouver le calme, le sommeil, la capacité à
récupérer, le dynamisme;
- d'être moins vulnérable aux tensions et événements
extérieurs;
- de prévenir les troubles digestifs, la constipation,
les états dépressifs, les causes de migraines,
les effets du stress;
- de résorber les contractures musculaires et articulaires
des différentes parties du corps;
- de restaurer l'énergie et de favoriser la convalescence
après une opération, une maladie, une désintoxication
(tabac, alcool, médicaments);
- d'accompagner quelqu'un souffrant d'un mal dit incurable
ou d'une maladie chronique;
- d'apprendre enfin à mieux se connaître en révélant
les tensions les plus profondes liées au psychisme.
Le shiatsu a cette qualité magnifique de favoriser toutes
les fonctions vitales et, par là même, la longévité
accompagnée d'un mieux-être.
Quel dialogue possible
avec la médecine occidentale?
Quelques exemples de «non-dialogue»
1. Une personne vient de la part d'un généraliste.
Le médecin dit: «Je ne sais pas ce que vous faites,
mais ça ne peut que lui faire du bien.» Cela s'arrêtera
là.
2. Une psychothérapeute prenant ses vacances suggère
à sa cliente de prendre rendez-vous chez moi. Je la reçois.
Suite à quelques séances, se sentant nettement
mieux, cette cliente exprime le souhait de continuer également
ce travail avec moi. Elle envisage alors de s'en référer
à sa psychothérapeute. Je ne l'ai plus revue.
3. Une personne d'âge consultant régulièrement,
outre son médecin, différents spécialistes,
reçoit le shiatsu ici dans un rôle d'accompagnement
nécessaire auquel elle tient beaucoup. Je la cite: «Mon
entourage apprécie mon changement, je suis plus calme,
moins irritable, mon sommeil est bien meilleur.» Mais cette
dame n'en dira mot à son médecin. «Je ne
voudrais pas qu'il pense que je lui manque de confiance»,
me dit-elle.
4. Ou encore cette praticienne qui reçoit depuis plusieurs
mois une personne envoyée par un psychiatre sans qu'il
y ait moyen de trouver du temps pour une évaluation.
La question du dialogue, de l'écoute interdisciplinaire
est primordiale. L'heure est peut-être venue de s'en donner
les moyens. Un champ de possibilités existe. La Chine
et le Japon se sont ouverts depuis longtemps à l'association
de «notre médecine» à la leur. Au Japon,
le shiatsu est une thérapeutique reconnue dans les hôpitaux.
A quel moment conviendra-t-il d'instaurer la collaboration «parallèle»?
En cours de traitement à titre d'adjuvant confortable?
En fin de parcours comme accompagnement sécurisant?
Je n'ai pas ici à vanter plus particulièrement
le shiatsu en regard d'autres approches dites «à
médiation corporelle». Toutes sont capables de donner
un espace temps privilégié de bien ou mieux-être.
S'il ne s'agit que de se sentir bien... les drogues, l'alcool,
une catégorie de médicaments peuvent y contribuer.
Dans le cas des maladies psychiques qui nous occupe aujourd'hui,
l'aspect chimiothérapeutique est préoccupant, car
il biaise les données pour une observation claire.
La question de ce congrès le démontre.
Je cite le Dr Daniel Widlöcher (qui dirige l'unité
Inserm 302, Paris. «Psychopathologie et pharmacologie des
comportements») et vous recommande la lecture de deux dossiers
parus dans la «Recherche» d'octobre et novembre 1995.
1. «Les médicaments de l'esprit» 2. «La
santé et ses métamorphoses».
Citation: «Tout événement mental correspond
à un événement physiologique. A tout état
mental, un état cérébral. Lorsque les systèmes
complexes de pensée sont altérés, ils désorganisent
les fonctions régulatrices sous-jacentes.»
Les maîtres chinois ne pensaient pas différemment
quand ils soulignaient l'importance de considérer dans
l'approche thérapeutique, ce qu'ils appellent «l'enracinement
aux esprits».
La maladie est une expérience personnelle, elle reflète
le caractère de l'individu, elle porte aussi la marque
de la société où nous vivons et où
nous sommes acteurs... Chaque patient est un nouveau livre dont
l'histoire n'est pas linéaire. Les événements
vécus s'y sont téléscopés au cours
du temps en instants superposés. Il s'agira de favoriser
ce qui recentre et permet le retour à une identité
cohérente.
Je suis certaine que le shiatsu des méridiens a un rôle
qui peut être ciblé au-delà d'un effet placebo
qui ne serait d'ailleurs pas négligeable; oeuvrant au
plan crucial des différents mouvements du ki (énergie
vitale), il détient une des clés majeures de l'interaction
psyché-soma.
Conclusion
Au-delà des mots qui largement se répandent
en ces jours de réflexion, j'espère que nous arriverons
à créer un mode de faire dans une interdisciplinarité
de méthodes simples, mais non moins subtiles. Ne serait-ce
pas là une véritable écologie de la santé,
si nécessaire à notre époque? Peut-on imaginer
que l'observation diagnostique orientale puisse, dès le
départ, nourrir la réflexion de la médecine
occidentale dans la prise de décision et la mise en place
de la démarche thérapeutique?
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